Présente dans plusieurs pays d’Europe depuis son introduction en 2013, Xylellafastidiosa est aujourd’hui considérée comme l’un des agents pathogènes les plus surveillés dans l’Union européenne. Capable d’infecter plus de 600 espèces végétales, cette bactérie transmise par des insectes vecteurs provoque des symptômes variés, parfois discrets mais souvent irréversibles. Enjeu phytosanitaire majeur, sa progression soulève des inquiétudes tant sur le plan écologique qu’économique. Cet article fait le point sur la situation actuelle, et les réponses mises en place en matière de surveillance.
Comprendre Xylellafastidiosa : origine, hôtes et symptômes
Un agent pathogène impactant pour le végétal contaminé
Xylellafastidiosa est une bactérie xylémienne, c’est-à-dire qu’elle colonise les vaisseaux conducteurs de sève brute chez les plantes. Ce mode d’action perturbe l’hydratation et le transport des nutriments, ce qui entraîne divers symptômes peu spécifiques allant du flétrissement foliaire au dépérissement total. Les végétaux contaminés peuvent également être porteur asymptomatiques. À ce jour, cinq sous-espèces ont été identifiées : fastidiosa, multiplex, pauca, morus, tashke et sandyi. Chacune présente un spectre d’hôtes et une répartition géographique spécifique.
Une transmission par insectes largement présents en Europe
La dissémination de la bactérie se fait exclusivement via des insectes piqueurs suceurs du xylème, comme certaines cicadelles. En France, une trentaine de cicadelles sont déjà bien implantés, facilitant la circulation silencieuse de la maladie entre végétaux, y compris en milieu urbain ou paysager. Parmi ces vecteurs, on dénombre 4 cicadelles principales en capacité de transmettre la bactérie :
- La philène spumeuse (Philaenusspumarius)
- La cicadelle verte (Cicadella viridis)
- Neophilaenuscampestris
- Le cercope sanguin (Cercopisvulnerata)

Des plantes hôtes nombreuses et variées
L’une des particularités de Xylellafastidiosa est sa capacité à infecter un large éventail d’espèces végétales. Plus de 600 plantes hôtes sont désormais répertoriées, et cette liste évolue constamment avec les nouvelles détections. Parmi les espèces les plus fréquemment touchées figurent : le polygala à feuilles de myrte, l’olivier, la vigne, le laurier-rose, les prunus, l’amandier, l’érable, le chêne, le romarin, la lavande, le genêt, le myrte, l’asperge ou encore l’acacia.
La liste complète des végétaux hôte est disponible en annexe du règlement européen 2020-1201 du 14 août 2020 : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A02020R1201-20240605
Origine géographique et absence de solution curative
Observée en Amérique centrale et du Sud où elle a provoqué à la fin du 19ème siècle des dégâts considérables sur les vins californiens, la bactérie a été repérée en Europe (Italie) pour la première fois en 2013. Depuis, sa présence s’est étendue à plusieurs régions du sud de l’Union européenne. Malgré les efforts de recherche, aucune méthode de lutte curative n’est à ce jour disponible. La stratégie repose donc sur la prévention, la surveillance et, le cas échéant, l’arrachage des plantes infectées pour contenir les foyers.
Un statut réglementaire strict au sein de l’Union européenne
En raison de sa forte capacité de dissémination et de son impact sur l’agriculture, Xylellafastidiosa est classée parmi les organismes de quarantaine prioritaires à l’échelle européenne. Ce statut implique une application obligatoire de mesures de lutte et de surveillance dans tous les États membres, conformément aux règlements (UE) 2016/2031 et 2019/1702.
Dès qu’un foyer est identifié, une zone délimitée est instaurée autour de la plante contaminée, incluant généralement un périmètre infecté et une zone tampon. Des restrictions s’appliquent alors à la circulation des végétaux sensibles.

Figure 2 : Schéma d’une zone délimitée comprenant une zone tampon et une zone infectée (source : Plan national d'intervention sanitaire d'urgence Xylella fastidiosa)
Expansion de la bactérie dans l’Union européenne
Italie : la crise des Pouilles et les foyers émergents
En Italie, Xylella fastidiosa a été détectée pour la première fois en 2013 dans la région des Pouilles, au sud du pays. La sous-espèce pauca y a provoqué une crise majeure dans les oliveraies, entraînant la mort de plus d’un million d’arbres. Cette contamination serait probablement liée à l’importation de caféiers asymptomatiques en provenance du Costa Rica.
Dans cette même région, la bactérie a également été détectée sur laurier-rose, chêne, merisier et plus récemment sur vigne. Dernièrement l’épidémie a touché le nord de la région des pouilles avec des détections au nord de Bari en juillet 2025. Quelques semaines plus tard, plus au nord,47 oliviers ont été détectés infectés près du lac de Varano, situé à 90 km de cette détection estivale et à 300 km de la première détection de 2013. Ces détections pourraient être liées à des contaminations par des insectes auto-stoppeurs.
Dans le nord du pays, 2 zones ont par ailleurs été touchées. En Toscane, un foyer lié à la sous-espèce multiplex a été repéré en 2018, sur des plantes d’ornement. Des mesures de gestion sont en cours. Tandis que dans le Lazio, en 2019 et 2021 des alertes sur des lots de Vinca major et d’amandier infecté ont été signalées. Suite à la destruction des lots, les prélèvements réalisés n’ont pas fait l’objet de détection de la bactérie.
Plus de 10 ans après la première infection, les dégâts sont évalués à plus de 1,2 milliards d’euro pour la production d’oliviers.
Espagne : une situation complexe sur plusieurs fronts
L’Espagne demeure l’un des pays européens les plus touchés par Xylellafastidiosa, avec plusieurs foyers encore actifs sur son territoire.
La bactérie a été détectée pour la première fois en 2016 aux Baléares, sur l’île de Majorque, avant d’être signalée sur Ibiza, Formentera et Minorque. Les analyses ont permis d’identifier la présence de trois sous-espèces : multiplex, pauca et fastidiosa. De nombreuses plantes sont concernées, dont la vigne, l’olivier, le laurier-rose, le polygale à feuilles de myrte, le mimosa, la lavande, l’amandier, le cerisier, le frêne, le figuier ou encore le noyer.
Sur le continent, un premier foyer a été confirmé en juin 2017 dans la province d’Alicante, affectant des amandiers. L’année suivante, la maladie s’est également déclarée sur abricotier. En 2018, un olivier contaminé par la sous-espèce multiplex a été détecté dans la province de Madrid, ainsi que trois cas positifs en Andalousie, dans une serre. Ces deux foyers ont depuis été éradiqués, en l'absence de nouvelles détections.
En 2024, un nouveau foyer a été déclaré dans la province de Cáceres, où des plantes sauvages telles que le ciste, le genêt commun, le genêt noir et la lavande ont été testées positives. Un plan d’éradication a été lancé.
Portugal : une situation contrastée selon les régions
La bactérie Xylellafastidiosa a été détectée pour la première fois au Portugal en 2019, dans un parc zoologique situé près de Porto, sur un plant de lavande dentée (Lavanduladentata) ne présentant pas de symptômes. Il s’agissait d’une infection par la sous-espèce multiplex.
En 2021, de nouveaux foyers sont apparus dans les régions de Lisbonne et de l’Algarve, touchant plusieurs espèces ornementales et aromatiques, notamment le laurier-rose et le romarin.
En 2023, un foyer a été signalé dans la région centre, avec des contaminations observées en pépinière, sur amandier, olivier et lavande. Par ailleurs, les zones contaminées dans le nord du pays et autour de Lisbonne ont connu une extension, traduisant une dynamique de propagation. En revanche, aucune nouvelle plante infectée n’a été retrouvée dans la région de l’Algarve, ce qui a permis de confirmer l’éradication du foyer initial.
France et principauté de Monaco : trois régions sous surveillance
La France a détecté Xylellafastidiosa pour la première fois en juillet 2015 sur la commune de Propriano en Corse du sud. Cette même année, en région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), c’est sur la commune de Nice qu’une première détection continentale a été observée. Au fil des années, de nouveaux foyers ont été découverts le long du littoral : de menton à Saint Maxime mais également du côté de Toulon. En Corse, les contaminations sont particulièrement nombreuses, touchant à la fois les zones littorales et l’arrière-pays. Plus récemment en 2020, c’est en Occitanie que des détections ont été observées dans le département de l’Aude puis en 2021 dans le Gard. Les foyers se sont étendus sur la région et en 2025, il est fait état de 403 zones infectées.
Les premières contaminations concernaient notamment la polygale à feuilles de myrte (Polygala myrtifolia), une espèce ornementale très sensible, ainsi que d'autres plantes comme le laurier-rose, la lavande, le romarin, le chêne kermès, ou encore la luzerne arborescente. La sous-espèce la plus fréquemment détectée en France est Xylellafastidiosasubsp. multiplex. Toutefois, un cas isolé de la sous-espèce pauca a été identifié à Menton, dans les Alpes-Maritimes.
En parallèle, des campagnes intensives de prospection et de surveillance entomologique sont conduites chaque année, avec la mise en place de plans de lutte obligatoires dans les zones contaminées. Ces plans impliquent l’arrachage des végétaux infectés et, dans certains cas, des plantes hôtes à proximité, afin d’éviter la dissémination de la bactérie. En Corse et pour certaines zones d’Occitanie, l’éradication n’est plus possible. Les autorités ont alors pris la décision de mener une stratégie d’enrayement avec notamment une concentration des efforts de surveillance sur les zones tampons.
Une carte interactive sur la situation en France est disponible via ce lien : https://shiny-public.anses.fr/Xylella_fastidiosa
Que faire en cas de suspicion de présence ?
FREDON et les autorités régionales en première ligne
En Île-de-France comme dans d’autres régions, les actions de terrain sont coordonnées par la FREDON sous l’autorité de la DRIAAF (Direction régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt). Cette mission comprend :
En 2024, 82 inspections visuelles et 45 prélèvements ont été réalisés par FREDON Ile-de-France dans de la surveillance des organismes réglementés et émergents (SORE) et des inspections pour le contrôle du passeport phytosanitaire.
- contacter rapidement la DRAAF-SRAL ou la FREDON de votre région,
- éviter tout déplacement ou transport de la plante concernée,
- et ne pas arracher ou détruire sans avis préalable des services phytosanitaires.
- des inspections visuelles ciblées,
- des prélèvements sur végétaux suspects ou asymptomatiques,.
Réagir rapidement : la clé pour contenir la bactérie
La vigilance des gestionnaires d’espaces verts, des collectivités et des particuliers est essentielle. Face à tout symptôme suspect sur une plante hôte connue (feuillage desséché, dépérissement inexpliqué, jaunissement asymétrique…), il est crucial de :
Une détection précoce permet d’éviter la diffusion de la bactérie et d’engager des mesures localisées plutôt que massives.
Ressources officielles et bases de données
Pour suivre l’évolution des foyers en France et à l’international, plusieurs ressources sont disponibles :
- Carte des zones délimitées en France (ANSES) : https://shiny-public.anses.fr/Xylella_fastidiosa
- Base de données de l’EPPO (Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes) : https://gd.eppo.int/taxon/XYLEFA/distribution
Ces outils sont régulièrement mis à jour et permettent de consulter les espèces hôtes réglementées, les sous-espèces présentes, ainsi que les mesures de gestion appliquées dans chaque territoire concerné.